Mercredi 28 mai, sous la chaleur étouffante de Kampala, les dirigeants de la région des Grands Lacs se sont retrouvés pour un énième rendez-vous avec l’histoire. Cette fois, l’urgence était palpable. L’est de la République démocratique du Congo continue de saigner, et les mots prononcés dans les salons feutrés de la capitale ougandaise résonnent comme un dernier appel avant que la situation ne bascule définitivement.

Yoweri Museveni, le président ougandais, n’a pas mâché ses mots. Face à ses homologues, il a pointé du doigt l’évidence que tous connaissent mais que peu osent formuler : « Si les gouvernements du Congo et du Rwanda étaient restés étroitement alignés au sein de la Communauté de l’Afrique de l’Est, nous aurions résolu ce problème ensemble. » Sa voix portait cette lassitude de l’homme politique chevronné qui a vu trop de sommets se succéder sans résultats tangibles. « Nous devons construire des marchés régionaux, pas des murs », a-t-il martelé, comme pour exorciser des décennies de méfiance mutuelle.

L’atmosphère du sommet trahissait cette tension latente. Les chefs d’État et de gouvernement ont exhorté – encore une fois – les États membres signataires du cadre de la CSP à honorer leurs engagements : respecter la souveraineté, ne pas accueillir de groupes armés, ne pas soutenir ceux accusés de crimes de guerre. Des promesses répétées ad nauseam depuis 2013, quand l’Accord-cadre avait été signé dans l’espoir d’un tournant historique. Le président burundais Évariste Ndayishimiye, qui cédait symboliquement le flambeau du mécanisme de supervision à l’Ouganda, a tenté de maintenir un ton diplomatique optimiste en saluant « l’engagement constant » de la RDC.

Museveni, dans un moment de franchise rare, a dressé un diagnostic sans complaisance sur les maux congolais : un engagement insuffisant avec la population, une dépendance excessive à l’égard du soutien externe. « Ces mêmes problèmes ont existé en Ouganda », a-t-il confié, se référant à sa propre expérience de dirigeant ayant traversé les turbulences. Sa conviction : avec « une philosophie claire, une idéologie forte et une approche stratégique », la paix reste atteignable.

Dans cette chorégraphie diplomatique, une absence notable : Thérèse Kayikwamba, la représentante congolaise, est restée silencieuse face à la presse. Pourtant, selon les coulisses, les intérêts de la RDC ont été « bien articulés » et « seront pris en compte ». Une discrétion qui en dit long sur la délicatesse des négociations en cours, alors que l’Ouganda hérite d’un dossier brûlant dans une région où chaque décision peut faire basculer des milliers de vies d’un côté ou de l’autre de la frontière entre guerre et paix.

 

Claudine N. I.

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