Un bras de fer narratif s’est engagé entre le gouvernement congolais, les organisations internationales de défense des droits humains et le mouvement rebelle M23/AFC, au sujet des événements survenus dans la ville de Goma entre janvier et mars 2025. Tandis qu’Amnesty International et d’autres ONG dénoncent de graves violations des droits humains commises par le M23, les rebelles réfutent catégoriquement ces accusations et avancent leurs propres chiffres.
Un bilan gouvernemental de 3 000 morts, contesté
Selon les autorités congolaises, l’offensive du M23 soutenue par le Rwanda aurait fait près de 3 000 morts dans la ville de Goma et ses environs entre janvier et mars 2025. Un chiffre alarmant, que Kinshasa qualifie de « massacre à huis clos », pointant du doigt le silence et l’inaction de la communauté internationale.
Le M23/AFC réplique : « 874 corps retrouvés »
De son côté, le M23, qui se présente désormais sous la bannière politique de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC), parle d’un « gonflement grossier » du bilan. Le mouvement affirme avoir retrouvé 874 corps entre le 2 et le 13 février 2025, période où il dit avoir « sécurisé » la ville de Goma. Les rebelles évoquent des « affrontements » avec des miliciens Maï-Maï, des règlements de compte communautaires, ainsi que des civils tués lors de tentatives de pillage, mais nient toute politique systématique d’exécutions de masse.
« Nous ne nions pas qu’il y a eu des pertes humaines, mais elles ne sont en aucun cas le résultat d’une campagne de terreur de notre part. Beaucoup de ces décès sont dus aux combats et aux violences intercommunautaires déclenchées par le chaos ambiant. Le chiffre de 3 000 morts avancé par Kinshasa n’a aucun fondement », a déclaré à la presse un porte-parole de l’AFC sous couvert d’anonymat et relayé par le confrère Steve Wembi.
Amnesty International parle de « crimes de guerre »
Dans un rapport publié en mars, Amnesty International accuse pourtant le M23 d’avoir commis des violations graves des droits humains à Goma et Bukavu. Parmi les faits dénoncés : des viols collectifs, des disparitions forcées, des enlèvements de blessés dans des hôpitaux comme Heal Africa, et des exécutions sommaires de civils accusés de collaborer avec le gouvernement congolais.
La même organisation affirme que le M23 aurait utilisé la torture, les menaces et les mauvais traitements pour forcer des civils à rejoindre leurs rangs ou à livrer des informations sur les FARDC.
Outre les violations des droits humains, la crise humanitaire s’est considérablement aggravée dans la région. Des dizaines de milliers de déplacés ont été sommés de quitter les camps autour de Goma par les forces du M23, selon Human Rights Watch, les forçant à retourner dans des zones non sécurisées, sans accès à l’aide humanitaire. Le M23 rejette également cette accusation, assurant avoir voulu « désengorger » des zones à forte concentration de déplacés pour des « raisons sanitaires ».
Face à ces versions contradictoires, plusieurs voix, tant au sein de la société civile congolaise qu’au niveau international, appellent à une enquête indépendante et impartiale. L’ONU et l’Union africaine sont pressées de dépêcher une commission d’enquête sur le terrain pour établir les faits et éviter que les crimes commis ne tombent dans l’oubli ou ne soient instrumentalisés politiquement.
Petit Ben Bukasa
