La ministre de l’Éducation, Raïssa Malu, a défendu avec vigueur la rapidité de la publication des résultats de l’Examen d’État 2025, invoquant l’innovation, l’intelligence artificielle et la décentralisation. Mais cette plaidoirie, bien que construite, élude les questions essentielles soulevées par les observateurs et les parents d’élèves. Loin de rassurer, elle renforce l’impression que la technologie a servi de rideau de fumée pour couvrir un processus hâtif et opaque, éloigné de l’humanisme et de la rigueur que requiert le système éducatif.

L’argument central de la ministre repose sur l’idée que l’efficacité de l’IA justifie la précipitation, en ignorant la réalité matérielle et logistique d’un pays aussi vaste et complexe que la RDC.

L’un des points de friction majeurs réside dans le gouffre entre la promesse technologique et la réalité du terrain. La ministre n’a jamais expliqué comment les copies issues des provinces les plus enclavées ont pu être acheminées vers les centres de correction décentralisés en un temps record. La technologie, aussi performante soit-elle, ne téléporte pas des milliers de cahiers d’examen. Quant à la décentralisation, louable en théorie, elle a été appliquée de façon inégale : la publication de résultats partiels pour seulement quelques provinces contredit le caractère national de l’examen et traduit une mise en œuvre fragmentée, voire inachevée.

La défense ministérielle, évoquant un travail « minutieux et maîtrisé », se heurte aussi aux erreurs flagrantes relevées dans les listes de lauréats. L’attribution d’un même code de province à deux régions différentes trahit un manque de rigueur élémentaire et jette un doute sérieux sur la fiabilité de l’ensemble du processus. Ce genre de faute prouve que, loin d’être « parfaitement maîtrisé », le système a été géré dans la précipitation. L’humanisme du système éducatif est mis à mal lorsque le sort d’élèves est scellé par un dispositif incapable de garantir l’exactitude des données les plus basiques.

Enfin, le silence sur les étapes cruciales du processus de correction ne traduit pas une « transformation profonde » mais entretient un climat d’opacité. L’absence de listes publiques d’agents de correction et le manque d’informations sur les vérifications humaines vont à l’encontre du principe de transparence. Les parents et les élèves ne devraient pas s’en remettre aux seuls « décrets technologiques » du ministère : ils méritent un processus clair, vérifiable et équitable. La réforme est peut-être en marche, mais elle avance dans l’ombre — et l’humanisme de l’éducation en sort, lui, considérablement affaibli.

 

Guyvanant Misenge

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