Kinshasa, le 5 juillet 2025
L’Accord de paix signé à Washington le 27 juin dernier entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda continue de susciter de vives réactions. Une semaine après cette signature qualifiée d’« historique » par certains, Me Thomas Luhaka Losendjola, avocat au barreau, a décidé de prendre la plume pour adresser une lettre ouverte à la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, afin d’exprimer ses profondes préoccupations quant au contenu et aux implications de cet accord.
Dans cette lettre datée du 4 juillet, Me Luhaka salue d’abord le parcours diplomatique de la cheffe de la diplomatie congolaise, avant de formuler des critiques précises qu’il qualifie de « malheureux constats ». Son principal reproche : l’accord de Washington marquerait un recul diplomatique pour la RDC, en comparaison avec la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en février dernier.
La résolution 2773 vidée de sa substance ?
L’ancien ministre de l’enseignement supérieur et universitaire rappelle que la résolution 2773, obtenue grâce à l’activisme diplomatique de Kinshasa, exigeait sans condition le retrait immédiat des troupes rwandaises du territoire congolais et la fin de leur soutien au M23. Or, selon lui, l’Accord de Washington vient vider cette résolution de son essence, en introduisant une conditionnalité : désormais, le retrait des troupes rwandaises dépend de la neutralisation préalable des FDLR par les FARDC.
« Pourquoi cette volte-face diplomatique qui fait perdre à la RDC un acquis important sur le plan du droit international ? », interroge Me Luhaka, déplorant un « bradage pur et simple » d’un instrument pourtant favorable à la souveraineté congolaise.
Retrait conditionnel des troupes rwandaises : un piège diplomatique ?
Autre sujet d’inquiétude : le Plan harmonisé de Luanda, désormais annexé à l’accord de Washington, établit une corrélation directe entre la neutralisation des FDLR et le retrait progressif des troupes rwandaises en quatre phases, sur 90 jours. Un mécanisme qui, selon l’auteur de la lettre, pourrait piéger la RDC dans un engagement à durée indéterminée.
Me Luhaka pose une série de questions : « Avez-vous conscience que les FDLR sont une nébuleuse difficile à éradiquer ? Est-ce une stratégie réaliste ? Et pourquoi avoir intégré dans l’Accord un plan qui remet en cause les acquis de la résolution onusienne ? »
Une reconnaissance implicite de la thèse rwandaise ?
Me Luhaka relève également une formulation inquiétante dans l’accord, évoquant « la fin irréversible et vérifiable du soutien de l’État aux FDLR ». Une phrase qui, selon lui, revient à valider indirectement la thèse longtemps défendue par Kigali selon laquelle Kinshasa soutiendrait activement les FDLR, ce que les autorités congolaises ont toujours nié.
« En acceptant cet engagement, la RDC ne vient-elle pas de s’auto-incriminer ? », s’interroge-t-il, appelant la ministre à s’expliquer clairement sur cette disposition ambigüe.
Quel rôle réel pour les États-Unis ?
Enfin, Me Luhaka soulève la question du rôle des États-Unis, qui figurent parmi les parrains de l’accord. Or, un article de l’accord précise que celui-ci « ne crée aucune obligation pour les États non parties siégeant au Comité de surveillance conjointe », laissant entendre que ni les États-Unis ni le Qatar ne sont légalement tenus d’intervenir en cas de manquement aux engagements pris par les deux parties signataires.
« Cela ne réduit-il pas l’accord à une simple déclaration d’intention sans mécanisme de contrainte ? », questionne l’avocat.
Malgré la sévérité de ses observations, Me Thomas Luhaka conclut sa lettre dans un ton républicain, espérant que la ministre d’État prendra le temps de répondre à ses préoccupations. Pour lui, cet échange est nécessaire non seulement pour restaurer la confiance, mais aussi pour espérer, un jour, une paix durable dans l’Est du pays.
Petit Ben Bukasa
