Depuis une semaine, la toile congolaise bruisse d’un nouveau challenge : « Visit Luilu ». Lancé par les filles et fils du secteur de Luilu dans la province du Lualaba, le mouvement s’est répandu comme une traînée de poudre, de TikTok à Facebook, en passant par Instagram et X. Des milliers d’images et de vidéos y défilent, montrant l’état déplorable des routes sablonneuses du Luilu, transformées en véritables mers de poussière, asphyxiant habitants et passants.

À première vue, le slogan « Visit Luilu » pourrait prêter à sourire, rappelant les formules publicitaires classiques qui invitent à découvrir un pays, une ville ou un site touristique. Mais dans ce cas précis, l’expression revêt un tout autre sens : il ne s’agit pas d’une promotion touristique, mais d’une alerte collective. Les influenceurs congolais, particulièrement ceux originaires du Lualaba, se sont emparés de ce hashtag comme d’une arme pacifique pour sonner l’alarme et attirer l’attention des autorités.

Car derrière les photos « humoristiques » – où l’on voit certains poser avec des lunettes de protection contre la poussière ou improviser des pancartes satiriques – se cache une réalité insoutenable : routes impraticables, véhicules endommagés, difficultés de transport, santé des habitants menacée par l’inhalation quotidienne de poussières. Des familles, des écoliers, des commerçants et même des travailleurs des entreprises minières qui transitent par là paient un lourd tribut.

En vérité, ce challenge est un cri de détresse d’une population oubliée, longtemps négligée malgré les richesses colossales du Lualaba, cœur battant de l’industrie minière congolaise. Comment comprendre que dans une province qui alimente les caisses de l’État grâce au cuivre et au cobalt, certaines communes vivent encore dans des conditions dignes d’un no man’s land ?

Au-delà de Luilu, cette campagne digitale fait écho à la colère sourde d’autres coins de la RDC confrontés aux mêmes problèmes d’infrastructures. Elle met en lumière l’urgence d’un plan national de réhabilitation routière, mais aussi la nécessité d’une gouvernance locale plus proche des préoccupations des populations.

« Visit Luilu » n’est donc pas un simple buzz virtuel : c’est une interpellation citoyenne qui invite les décideurs à sortir de leur confort pour « visiter » concrètement la souffrance de leurs administrés. Un hashtag qui résume en trois mots le ras-le-bol d’un peuple qui réclame dignité et justice sociale.

 

Petit Ben Bukasa

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