Ce mercredi 11 décembre 2024, le Président Félix Tshisekedi a prononcé son discours annuel devant le Parlement. Un rendez-vous politique hautement symbolique qui intervient dans un contexte national électrique. Entre tensions sécuritaires, ambitions économiques et velléités constitutionnelles, le chef de l’État navigue dans des eaux particulièrement tumultueuses.
L’ombre menaçante des conflits armés continue de planer sur l’Est du pays. Malgré l’état de siège décrété il y a trois ans dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, la violence demeure incontrôlée. Les chiffres sont implacables : entre septembre et novembre 2024, 314 incidents sécuritaires ont été documentés, causant la mort de 304 civils. Les groupes armés, tels les ADF et CODECO, maintiennent leur emprise, tandis que le M23 contrôle toujours des territoires stratégiques, défiant les efforts diplomatiques.
La géopolitique régionale s’avère particulièrement complexe, avec des relations tendues entre la RDC et le Rwanda. Le sommet tripartite prévu le 15 décembre à Luanda, impliquant l’Angola, cristallise tous les espoirs et les craintes d’une possible désescalade. Les accusations mutuelles persistent, et la paix semble plus que jamais suspendue à un fil diplomatique fragile.
Sur le front économique, Tshisekedi tente de capitaliser sur des avancées récentes. Les nouveaux programmes avec le FMI, d’un montant total de 2,87 milliards de dollars, représentent un espoir de diversification et de résilience. Le budget 2025, évalué à 15,8 milliards de dollars, affiche des ambitions significatives en matière d’infrastructures et de développement social. Néanmoins, le fossé entre les promesses et la réalité demeure préoccupant, avec une population confrontée à une érosion continue de son pouvoir d’achat.
La question constitutionnelle s’impose comme un sujet brûlant. Tshisekedi envisage la création d’une commission multidisciplinaire pour repenser le cadre institutionnel du pays. Ce projet divise profondément : la majorité présidentielle y voit une opportunité de modernisation, tandis que l’opposition y perçoit les prémices d’une possible dérive autoritaire. L’Association Congolaise de Droit Constitutionnel appelle à la prudence et à un débat rigoureux.
Les tensions politiques internes s’intensifient. La répartition des commissions parlementaires a ravivé les antagonismes, avec des équilibres fragiles entre le parti présidentiel et ses alliés. L’opposition multiplie les critiques, notamment sur l’inefficacité de l’état de siège, sollicitant sa levée pure et simple. Les élections partielles prévues dans certains territoires n’apaisent qu’à peine les frustrations.
La dimension humanitaire demeure dramatique. Quelque 21,2 millions de personnes sont dans le besoin, avec seulement 1,23 milliard de dollars mobilisés pour l’aide en 2024. Les défis sanitaires s’accumulent : épidémies de Mpox, choléra, rougeole, et une mystérieuse maladie ayant causé 143 décès dans le Kwango, révélant les profondes faiblesses du système de santé congolais.
Tshisekedi devra naviguer entre rassurer une population épuisée, maintenir l’unité d’une coalition politique fragile et projeter une image de leadership face à des défis multiples. Son allocution qui du reste se passe de tout commentaire est scrutée comme un indicateur de la trajectoire politique de la RDC pour les mois à venir, entre espérance de transformation et risque de statu quo.
Claudine N. I.
