Le Conseil National de Suivi de l’Accord (CNSA) vient de publier un communiqué sur la situation politique au Nord-Kivu, et il est difficile de ne pas ressentir un profond décalage à sa lecture. Loin d’une analyse ancrée dans les faits, ce texte s’apparente davantage à une lecture alarmiste et partiale de la réalité congolaise, jetant une ombre sur les efforts réels de paix et de réconciliation en cours.
La « divergence d’interprétation » : un écran de fumée ?
Qualifier les blocages actuels de « grande divergence d’interprétation » de la déclaration de principe relève d’une dangereuse distorsion de la vérité. Les obstacles que nous rencontrons ne sont pas d’ordre sémantique. Ils résident, bien au contraire, dans l’attitude flagrante et parfois contradictoire de certains signataires de cet accord. Derrière le vernis des engagements politiques, ces acteurs continuent, en toute impunité, de semer la discorde à travers des discours provocateurs et des actes de déstabilisation. L’écart béant entre les promesses et les actions n’est pas le fruit d’un système défaillant, mais bien la conséquence d’une volonté délibérée de nier l’esprit même du dialogue et de la réconciliation.
Banaliser les sacrifices et détourner l’attention
Évoquer des « menaces de reprendre les hostilités » n’est pas seulement alarmiste ; c’est aussi, et surtout, une manière de banaliser les sacrifices immenses consentis par les institutions républicaines pour préserver la paix. C’est également une forme de tolérance face à l’irresponsabilité de ceux qui, par pur calcul politicien, n’hésitent pas à instrumentaliser les tensions régionales. Une analyse honnête de la situation aurait mis en lumière les avancées concrètes réalisées sur le terrain. Au lieu de cela, le communiqué du CNSA choisit de relayer un discours aux relents de manipulation, contribuant ainsi à une atmosphère délétère et détournant l’attention des vrais défis auxquels le Nord-Kivu est confronté.
Il est impératif que le CNSA adopte une posture plus objective et responsable. La population du Nord-Kivu mérite une analyse lucide, loin des agendas partisans. La paix est un bien trop précieux pour être sacrifiée sur l’autel des interprétations fallacieuses et des alarmes infondées.
Guyvanant Misenge
