Paiements impayés, primes de risque retardées et silence des autorités : réunies en collectif à Tshikapa, les corporations médicales du Kasai dénoncent une précarité devenue insoutenable. Sans solution d’ici le 2 septembre 2026, la province s’expose à une grève générale.

Dans les hôpitaux généraux, les centres de santé et les structures de référence du Kasai, le malaise ne couve plus : il éclate au grand jour. Réunis au sein d’un collectif intersyndical (SYNAMED, SYMECO, SYLIMED), les médecins de la province ont déposé ce 24 août 2026 un memorandum au vitriol à l’attention du gouverneur provincial.

Derrière ce document administratif se cache une réalité quotidienne brutale : des hommes et des femmes qui soignent la population, mais qui n’ont plus de quoi subvenir aux besoins élémentaires de leurs propres familles.

Deux mois sans salaire et des arriérés qui s’accumulent

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase repose sur une accumulation de manquements financiers devenus récurrents :

Un quotidien sans rémunération : Les praticiens n’ont perçu ni salaire ni prime pour les mois de juillet et d’août 2026.

Inégalité provinciale : La paye complémentaire du deuxième trimestre (avril, mai, juin) reste introuvable au Kasai, alors même que leurs confrères d’autres provinces en ont déjà bénéficié.

La prime de risque au compte-gouttes : Censée être versée mensuellement pour compenser la pénibilité du métier, cette prime vitale accuse systématiquement trois mois de retard.

Des oubliés du système : De nombreux médecins, bien que sur le terrain depuis plusieurs années, restent non mécanisés et attendent toujours leur prise en compte officielle.

« Comment demander à un médecin d’être concentré au bloc opératoire ou aux urgences quand il est poursuivi par ses créanciers et incapable de nourrir sa famille ? » s’indigne le collectif.

Un système de santé menacé de paralysie

Sur le terrain, la situation sociale désastreuse des soignants déteint directement sur le fonctionnement des services de santé. Endettés auprès des banques et de particuliers pour survivre, les médecins peinent aujourd’hui à assurer les gardes, les permanences et les interventions d’urgence.

Le risque d’une fuite des cerveaux vers d’autres provinces ou le secteur privé n’a jamais été aussi imminent, dans une région qui souffre déjà d’un manque criant de personnel médical qualifié.

Les 5 exigences clés du collectif

Pour désamorcer la crise, les médecins ne demandent pas de privilèges, mais le respect de leurs droits fondamentaux. Leurs revendications s’articulent autour de cinq points prioritaires :

La libération immédiate des salaires et primes des mois de juillet et août 2026.

Le versement intégral des arriérés de la paye complémentaire du deuxième trimestre.

Le respect strict du calendrier pour la prime de risque, payée au plus tard le 25 de chaque mois.

La transparence totale sur les listes de paye afin d’éliminer l’opacité et les retenues injustifiées.

La mécanisation effective des médecins qui travaillent depuis des années sans statut officiel dans la province.

L’ombre d’une grève générale dès le 2 septembre

Face au silence de plomb des services provinciaux et nationaux (Santé, Budget, Finances), le collectif a fixé un ultimatum clair : un préavis de grève de 7 jours ouvrables.

Si aucune réponse concrète n’est apportée d’ici le 2 septembre 2026, les hôpitaux publics du Kasai tourneront au ralenti. Seul un service minimum pour les urgences vitale sera maintenu. Les soignants disent privilégier le dialogue, mais avertissent que la responsabilité d’une rupture des soins incombera entièrement aux autorités.

 

Wa Bilolo

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