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Il y a de cela plus d’une semaine que le Gouvernement a annoncé une augmentation de l’enveloppe de ses agents, une hausse significative car elle vise augmenter le salaire de base de 40%.

Après cette annonce, comme à la coutume, certains analystes s’inquiètent déjà sur ces éventuelles retombées sur le niveau général des prix, et les tensions que cela pourrait susciter sur le marché de change. À en croire Noël Tshiani, professeur en économie, une telle hausse, quoi qu’insignifiante, dit-il, cela occasionnerait une hausse des prix sur le marché des biens et services.

Si une hausse des salaires semble être une bonne nouvelle pour les fonctionnaires congolais, concrètement, qu’en dit la science sur ses probables retombées sur le niveau général des prix ?

Tout commence quand les économistes ont tenté d’expliquer pour la première fois le lien qui existe entre le marché des biens et services, et de l’emploi, à celui de la monnaie. Intitulée, théorie quantitative de la monnaie, œuvre de l’économiste Américain Irving Fisher, cette théorie stipule que, toute chose restante égale par ailleurs, une hausse de la quantité de monnaie en circulation, sans que cela puisse avoir comme soubassement la production, conduirait inéluctablement à une inflation.

Par ailleurs, conformément à cette théorie, qui a été bien-sûr développée à maintes reprises, la décision d’augmenter le salaire des agents de l’Etat pourrait susciter une inflation, car l’offre interne des biens et services reste délétère dans le contexte congolais, c’est-à-dire la production interne n’est pas à même d’absorber la demande intérieure, demande qui sera bien-sûr propulsée par la hausse des salaires.

Quant aux faits passés, l’histoire nous renseigne qu’à chaque fois que le salaire des agents a connu une augmentation, la stabilité sur le marché de change devient en péril. Pendant l’époque Matata, premier ministre sous l’ère Kabila, celui-ci insistait sur la prudence que le Gouvernement devrait faire preuve quand il s’agit d’augmenter le salaire des enseignants.

« (…) ça ne servira à rien d’augmenter le salaire des enseignants et d’assister à une augmentation des prix sur le marché » avait-il expliqué lors du lancement de l’année scolaire 2015-2016, c’était un lundi 07 septembre 2015 à Kinshasa.

Au demeurant, une augmentation des salaires dans un pays comme la République Démocratique du Congo reste toujours un acte politique très apprécié. Néanmoins, cette augmentation doit nécessairement tenir compte des équilibres macroéconomiques fondamentaux, notamment la capacité de l’offre intérieure à rencontrer la demande qui résultera de la hausse des salaires, la stabilité sur le marché de change qui doit soutenir le pouvoir d’achat à moyen et long terme, le niveau général des prix, le niveau des réserves de change, la capacité d’autofinancement du budget qui doit prendre en charge ces dépenses liées à la hausse des salaires.

 

Par Hénoc Mpongo

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