Jadis surnommé « London » pour son dynamisme et son organisation exemplaire, le territoire de Luebo, ancien chef-lieu du district du Kasaï, n’est plus que l’ombre de lui-même. Aujourd’hui, ce symbole de la fierté régionale illustre tragiquement l’indifférence politique. Malgré un engagement citoyen exemplaire lors des derniers scrutins, la population se sent trahie par un silence administratif qui succède aux promesses électorales non tenues.

L’urgence est avant tout environnementale : Luebo s’efface littéralement sous la pression d’érosions dévastatrices. Des ravins béants progressent inexorablement, engloutissant habitations et infrastructures publiques sous le regard impuissant des résidents. Cette dégradation topographique ne représente plus seulement une menace matérielle, mais une crise humanitaire imminente qui nécessite une intervention technique immédiate pour stabiliser le sol.

Sur le plan socio-économique, l’isolement est total. L’absence de routes praticables asphyxie les échanges, transformant le transport des marchandises en un défi insurmontable. Les services de base, tels que l’accès à l’eau potable et les soins de santé, sont devenus des luxes inaccessibles. Cette précarité infrastructurelle dément le statut historique de ce territoire et souligne l’absence de redistribution des recettes locales vers le développement communautaire.

Le mécontentement populaire se cristallise désormais autour de la responsabilité des élus provinciaux. La population s’interroge ouvertement sur l’efficacité de sa représentation au sein des instances de décision. Entre l’absence de politiques de lutte contre les érosions et l’inertie des députés, le sentiment d’être sacrifié au profit d’intérêts personnels grandit, alimentant une crise de confiance profonde envers les institutions.

Luebo ne peut plus attendre. Le cri de détresse de ses habitants est un appel à la dignité et à la survie. Il est impératif que les autorités provinciales et nationales sortent de leur torpeur pour engager des travaux de réhabilitation d’envergure. Sans un sursaut politique immédiat, l’ancienne « London » du Kasaï risque de disparaître définitivement de la carte géographique et économique du pays.

 

Wa Bilolo

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