Si les blagues avaient un siège officiel, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) y trônerait fièrement. Cette institution, pourtant censée être un pilier de la démocratie, semble avoir pour principale mission de suspendre les chaînes de télévision que personne ne regarde, ou presque. Son dernier exploit ? Décider ce jeudi 19 décembre de suspendre huit chaînes du bouquet Canal+, sous prétexte de protéger l’ordre public et les bonnes mœurs.
Dans le collimateur du CSAC : Canal+ Pop, Canal+ Elles, E!, SYFY, MTV, Canal+ Action et AB1. Selon l’institution, ces chaînes diffuseraient des contenus « immoraux », mettant en péril la jeunesse congolaise, pourtant déjà bien occupée à jongler avec les défis de la vie quotidienne. Les grands principes sont invoqués, mais une question reste en suspens : combien de Congolais avaient réellement entendu parler de « SYFY » avant cette décision ?
L’ironie ne s’arrête pas là. Alors que nombre de chaînes congolaises peinent à offrir une grille de programmes digne de ce nom, et que la qualité des contenus locaux est souvent sujette à débat, le CSAC semble concentrer toute son énergie sur des chaînes internationales. Plutôt que de se pencher sur l’essor des médias locaux ou la formation des journalistes, les « Hauts Conseillers » préfèrent s’ériger en censeurs de contenus étrangers, oubliant que l’accès à ces chaînes nécessite un abonnement coûteux que peu de Congolais peuvent se permettre. En sus, ces chaînes proposent un choix aux parents entre autres, bloquer les chaînes à l’aide d’un code parental ou un avertissement sur l’âge du public cible.
Ce n’est pas la première fois que le CSAC fait parler de lui pour ses décisions déroutantes. En septembre dernier, il avait déjà interdit la diffusion de l’émission de télé-réalité « The Bachelor ». Et plus récemment, le 21 novembre, il a émis une mise en demeure contre Canal+ RDC. Avec cette régularité dans les sanctions, on pourrait croire que le CSAC prépare son propre feuilleton, intitulé : « Les aventures des censeurs en quête de pertinence« .
En somme, cette décision laisse perplexe. D’un côté, le CSAC invoque de grands principes ; de l’autre, il donne l’impression de combattre des moulins à vent. Les Congolais attendent bien plus qu’un simple bras de fer avec Canal+. Ils veulent des programmes locaux de qualité, une presse libre et des initiatives pour élever le niveau du débat public. Mais pour l’instant, ils n’ont droit qu’à des décisions qui feraient rire même les oiseaux.
Muabilayi
