Kinshasa retient son souffle. À l’approche de la journée dite « ville morte » annoncée pour le 3 juin 2026 par certains groupes de l’opposition, le gouvernement hausse le ton et rappelle à l’ordre les agents publics. Une note de service du Vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, vient poser un cadre strict, presque martial : neutralité absolue, présence obligatoire et sanctions en embuscade.
Derrière les mots administratifs, le message est limpide : l’État ne tolérera aucune désertion. L’appel à la mobilisation politique est jugé illégal, et toute absence injustifiée sera considérée comme une faute disciplinaire. Dans les couloirs de l’administration, le ton est donné : choisir la rue, c’est risquer sa carrière.
Le gouvernement brandit la Constitution et le Code de conduite pour rappeler un principe fondamental : l’administration publique n’a pas de couleur politique. Elle doit rester neutre, imperméable aux vents des contestations et des rivalités partisanes. Une posture de principe qui, dans le contexte actuel, prend des allures de mise en garde ferme.
Mais au-delà du rappel juridique, c’est un dispositif de contrôle qui se met en place. Listes de présence obligatoires, rapports trimestriels, missions d’inspection déployées dès le 2 juin : l’appareil étatique se mobilise pour verrouiller toute tentative de suivi du mot d’ordre de « ville morte ».
Dans ce bras de fer silencieux entre pouvoir et opposition, les fonctionnaires se retrouvent au cœur de la tension. Coincés entre devoir de réserve et liberté individuelle, certains y voient une pression à peine voilée, d’autres une nécessité pour garantir la continuité de l’État.
Une chose est sûre : le 3 juin ne sera pas une journée ordinaire. Entre discipline imposée et contestation annoncée, l’administration publique est appelée à choisir son camp ou plutôt, à prouver qu’elle n’en a aucun.
Petit Ben Bukasa
