Alors que l’opinion publique congolaise retient son souffle en attendant le remaniement du gouvernement Suminwa, annoncé par le Président de la République lors du dernier Conseil des ministres, une question fondamentale demeure en suspens : quelle sera la réelle latitude du futur Premier ministre si les ministres continuent d’agir comme de simples agents présidentiels, s’affranchissant de toute reddition de comptes envers le chef du gouvernement ? Ce dilemme, profondément enraciné dans le paysage politique congolais, soulève des inquiétudes quant à la cohérence et à l’efficacité de l’action gouvernementale.
Un gouvernement à la dérive, entre individualisme ministériel et déséquilibre institutionnel
Malgré les dispositions claires de la Constitution, la République Démocratique du Congo évolue dans une configuration politique manifestement déséquilibrée. Le gouvernement, loin de fonctionner comme un organe collégial et cohérent, semble être une somme d’individualités. Chaque ministre agit selon ses propres priorités, animé d’une volonté manifeste de ne répondre qu’au Président de la République. Ce faisant, ils se précipitent pour revendiquer des résultats à titre personnel, ou au nom du Président, oubliant qu’ils sont, avant tout, sous la tutelle et la direction du Premier ministre. Or, c’est bien à ce dernier qu’incombe le bilan global de l’action gouvernementale.
Le Premier Ministre, un chef de meute plutôt qu’un chef d’équipe
Dans un tel environnement, le Premier ministre se retrouve relégué à une posture défensive. Il est contraint de gérer des individualités, des ambitions personnelles et des agendas divergents, plutôt que de piloter une équipe soudée autour d’un programme commun et d’objectifs partagés. Dans ces conditions, il devient illusoire de parler de cohérence gouvernementale ou d’action publique concertée. La vision portée par le Chef du gouvernement est diluée, voire ignorée, par des ministres qui se sentent directement investis par le Président, court-circuitant ainsi la chaîne de commandement et la logique de responsabilité.
La démocratie congolaise : une façade sans substance
Tant que le Chef du gouvernement ne disposera pas de l’autorité réelle que lui confèrent ses fonctions constitutionnelles, tant que la séparation des pouvoirs ne sera pas pleinement respectée dans la pratique, la démocratie congolaise risque de rester une simple façade. L’esprit républicain et la collégialité gouvernementale sont quotidiennement bafoués, transformant le gouvernement en une entité atomisée, difficilement gouvernable. Face à cette situation, une question cinglante émerge : ne vaudrait-il pas mieux, par cohérence cynique, revenir à un système de parti unique ? Car si l’essence même de la gouvernance démocratique, basée sur la responsabilité partagée et la subordination au Chef du gouvernement, est ainsi niée, l’illusion d’un multipartisme et d’une séparation des pouvoirs devient une mascarade coûteuse et inefficace.
Le remaniement à venir est donc plus qu’un simple ajustement des visages ; il représente une opportunité, peut-être la dernière, de redéfinir les équilibres du pouvoir et de restaurer la pleine autorité du Premier ministre pour que le gouvernement puisse enfin fonctionner comme une équipe unie et responsable au service de la nation.
Guyvanant Misenge
