Depuis des décennies, la région des Grands Lacs africains reste une zone complexe où se croisent intérêts économiques, politiques et stratégiques. Récemment, le rôle de Yoweri Museveni, président de l’Ouganda, a de nouveau été mis en lumière dans le contexte de la crise congolaise avec notamment le rapport des experts ds Nations-Unies. Apparaissant comme l’homme fort de la région et un allié naturel de Paul Kagame, Museveni semble être un acteur clé qui souffle le chaud et le froid sur cette crise.
L’arrêt des travaux de construction des routes Bunagana-Goma et Kasindi-Beni, attribué au contexte de la guerre du M23, illustre les défis d’une coopération régionale déjà fragile. Ce projet, initialement perçu comme un levier pour renforcer les infrastructures et les relations transfrontalières, a été suspendu dans un climat de tensions croissantes. Bien qu’il ne constitue qu’un élément parmi d’autres dans les relations entre Museveni et Kinshasa, il symbolise néanmoins la complexité des rapports entre les deux pays.
Lors d’une rencontre récente avec une délégation de députés congolais à Kampala, délégation conduite par Lambert Mende, Museveni aurait exprimé des critiques acerbes à l’égard du gouvernement de Félix Tshisekedi. Il reprocherait notamment à Kinshasa son choix de se désengager de la Force régionale de l’EAC, une décision qu’il considère comme une erreur stratégique majeure. Selon lui, seul un cadre régional tel que l’EAC est en mesure d’apporter une solution durable au conflit, contrairement à la SADC, qu’il juge inefficace. Il aurait également dénoncé le manque d’implication des FARDC dans la neutralisation des ADF/MTM, soulignant que l’armée ougandaise déploie davantage d’effectifs dans les opérations conjointes. Par ailleurs, Museveni prône un dialogue direct avec le M23, qu’il perçoit comme une solution politique nécessaire pour répondre aux revendications des rebelles.
L’offensive récente de l’armée rwandaise (RDF) dans le territoire de Lubero, en dépit de l’influence supposée de l’Ouganda dans cette zone, met en lumière les dynamiques ambivalentes entre Kigali et Kampala. Museveni semble accorder tacitement une marge de manœuvre au Rwanda, ce qui alimente des spéculations sur une stratégie visant à isoler Kinshasa et à démontrer que l’éviction de l’EAC était une erreur. Ce jeu d’influence laisse entrevoir une volonté de Museveni de consolider son rôle de pivot régional tout en soutenant implicitement l’agenda de Kigali.
Le général kenyan ayant dirigé la force régionale a récemment déclaré que plusieurs pays tirent profit de l’insécurité persistante en RDC, ce qui entre autre justifie l’inefficacité de son armée à engager des combats dans un tel contexte. Ces propos, combinés à la reprise des combats dans le Lubero et au piétinement du cessez-le-feu par le M23 – RDF, illustrent une guerre par procuration où les intérêts des puissances régionales priment sur les souffrances des populations locales.
Museveni demeure un acteur ambivalent. En tant qu’allié naturel de Kagame qui est son pure produit, il continue de manipuler la situation à son avantage. Cette posture, rappelant son rôle historique de déstabilisateur depuis l’époque de Mobutu, témoigne d’une stratégie visant à s’imposer comme un arbitre incontournable des négociations tout en soutenant des agendas divergents.
Alors que les négociations de Luanda peinent à produire des résultats tangibles, l’avenir de la stabilité en RDC dépendra largement de la capacité de Kinshasa à naviguer entre les intérêts contradictoires de ses voisins. Museveni, pour sa part, semble déterminé à poursuivre un rôle ambigu, combinant pressions diplomatiques et alliances stratégiques pour renforcer sa prééminence régionale.
FNK
